Entre janvier et septembre 2025, huit sociétés de production d’anime japonaises ont fermé leurs portes, selon un rapport publié par Teikoku Databank. Parmi elles, deux ont été déclarées en faillite avec des dettes dépassant les dix millions de yens, tandis que six autres ont cessé leurs activités ou ont été dissoutes. Cette tendance, déjà observée depuis trois ans, atteint un niveau similaire à celui de 2018, année record pour les fermetures. En 2024, dix entreprises avaient disparu, confirmant la fragilité croissante du secteur.

Les fermetures touchent principalement des studios dits “prime contractors”, capables de gérer un projet du début à la fin. Des exemples récents incluent EKACHI EPILKA, spécialisée dans la production complète d’anime, qui a fait faillite en juillet, ainsi que 5 Inc. et Cloud Hearts, respectivement en 2024. Ces studios souffrent d’une augmentation rapide des coûts, notamment liée à l’externalisation vers des entreprises étrangères rendue plus onéreuse par la faiblesse du yen.

Malgré la demande croissante d’anime, alimentée par le succès mondial et les adaptations live action, les studios japonais connaissent une situation paradoxale : une activité intense mais des marges faibles. Les coûts de main-d’œuvre et de production augmentent plus vite que les revenus, frappant surtout les structures moyennes dépourvues de revenus stables issus des droits de propriété intellectuelle. D’après Teikoku Databank, environ 60 % des studios principaux ont vu leur performance se détériorer durant l’exercice 2024.

Les difficultés financières entraînent également des retards dans la diffusion d’anime prévus pour cette année, comme The Warrior Princess and the Barbaric King ou Witch Hat Atelier. La pénurie de main-d’œuvre aggrave encore la situation, freinant la production. Bien que certaines entreprises cherchent à ajuster les budgets de production, la rentabilité reste faible, surtout pour les sous-traitants dépourvus d’accès direct aux bénéfices des grandes franchises.

Pour faire face à cette crise, Teikoku Databank appelle à des réformes structurelles : instauration d’un environnement commercial plus équitable et meilleure formation des animateurs. Pourtant, le paradoxe demeure : le marché mondial de l’anime a atteint en 2024 un record de 3,84 billions de yens, dont près de 60 % proviennent de l’étranger. Malgré cette croissance de 14,8 %, l’écart se creuse entre le succès global du média et la précarité économique de ceux qui le créent.